Tribune du comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination

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La vaccination, un acte citoyen fragilisé

La vaccination sauve des vies. Elle protège tout autant la personne vaccinée que la population dans son ensemble, dont nombre de personnes qui ne peuvent en bénéficier directement. Pourtant, notre capacité de protéger la population par une couverture vaccinale suffisante est aujourd’hui fragilisée. Malgré le rapport extrêmement positif de l’analyse bénéfices/risques des vaccins, la politique vaccinale fait polémique, particulièrement dans notre pays. Un doute s’insinue dans l’opinion et nos concitoyens sont de plus en plus nombreux à se déclarer hésitants face à la sécurité des vaccins. Comment rétablir la confiance ? Les travaux de la concertation citoyenne, mise en œuvre à l’initiative de la ministre des Affaires sociales et de la Santé pour répondre à cette question, font l’objet d’attaques de la part de groupes traditionnellement hostiles à la vaccination, attaques relayées par certains médias. Tout se passe comme si, dès nos propositions rendues publiques, il fallait les discréditer. Ce ne sont d’ailleurs pas les propositions elles-mêmes qui font débat, mais le mode de fonctionnement de notre comité – comme si nous avions traité ces questions avec légèreté, voire trahi les exigences morales qui nous incombaient. Ces attaques sont infondées, une réponse détaillée, qui n’est pas l’objet de ce texte peut être lue sur le site concertation-vaccination.fr. Cette situation démontre à quel point s’avère nécessaire un effort d’information, d’éducation  et de formation autour de la vaccination.

Nous avons accompagné depuis six mois deux jurys citoyens (dont un composé de professionnels de santé), et recueilli plus de 10 000 avis via une plateforme participative sur Internet. Nous avons en outre mené 30 auditions et analysé deux enquêtes d’opinion. La méthodologie de la concertation citoyenne que nous avons mise en œuvre est une méthodologie éprouvée par trente ans d’expériences internationales reconnues. L’objectif est clair : mobiliser la parole des citoyens pour leur permettre de peser dans la décision publique. Rien de moins donc qu’une redistribution du travail politique, dans laquelle les avis éclairés des citoyens s’expriment à côté des analyses des experts et des considérations institutionnelles. Notre comité était à cette image : composé de  personnalités indépendantes et aux compétences pluridisciplinaires, représentants de la société civile, chercheurs, professionnels de santé. Ce vaste travail de concertation a fait éclore une parole cohérente, constructive, au service d’un seul objectif : améliorer la protection des populations.

Que cherchent nos détracteurs ? La baisse de la couverture vaccinale représente à terme un danger pour les populations. Prenons l’exemple de la rougeole : à l’échelle mondiale elle est responsable de 13 décès par heure, chaque jour ; la France n’est pas exempte, avec 24 000 cas déclarés ces 8 dernières années, dont 1500 pneumopathies graves, 34 complications neurologiques sévères et 10 décès dont 7 chez des patients immunodéprimés non vaccinables. L’enjeu est bien là : lorsque la couverture vaccinale baisse, comme c’est le cas aujourd’hui, le risque de mourir demain de la rougeole augmente pour tous ceux qui ne sont pas vaccinés, en particulier les plus faibles – nourrissons, personnes atteintes de maladies chroniques, personnes en situation de précarité. Au nom de quoi l’arbre du doute distillé par quelques-uns doit-il cacher la forêt de l’intérêt collectif ?

Face à l’hésitation grandissante à l’égard des vaccins, nous avons choisi l’écoute et la mise en œuvre d’un processus démocratique par lequel chaque participant transforme son opinion personnelle en un jugement raisonné et partagé. Parlant dans les premières lignes de son avis d’un « devoir de prévention collective », le jury citoyen écrit : « Nous attendons tous de L’État qu’il nous protège, mais nous devons également faire notre part ». L’enjeu, c’est la solidarité, les jurys que nous avons accompagnés l’ont démontré : acte technique et médical, la vaccination est aussi et avant tout un acte citoyen.

C’est avec eux que nous proposons un plan d’action dans la durée, fondé sur le fait que la vaccination est une priorité en matière de santé publique. Nous proposons des mesures indispensables pour redonner confiance en la vaccination et pour faire en sorte d’assurer sans attendre une meilleure protection de la population. Cela implique selon nous la nécessité d’élargir, mais pour une période transitoire, l’obligation des vaccins recommandés aux enfants, assortie d’une possibilité d’exemption sous certaines conditions et d’une prise en charge intégrale par les caisses de sécurité sociale du coût des vaccins.

Un effort collectif des soignants et de la population en faveur de la vaccination est nécessaire, c’est le message que nous transmettons, largement porté par les nombreux acteurs de cette concertation citoyenne. Il revient maintenant à Madame la Ministre de construire, à la suite de ces propositions, une politique publique destinée à rétablir la confiance dans la vaccination et ainsi mieux protéger la population.


Jean-Louis Bensoussan, Nicolas Brun, Anne Fagot-Largeault, Alain Fischer, Hélène Fitzgerald, Mélanie Heard, Clémentine Lequillerier, Thierry May, Anne-Marie Moulin, Patrick Peretti-Watel, Claude Rambaud, Geneviève Richard, Claire-Anne Siegrist, Patrick Zylberman, membres du comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination.

Rapport à lire sur le site concertation-vaccination.fr